Safer Sex #1

Et on va commencer par le commencement. La base de la base… Le truc qu’il faut bien maîtriser si on veut comprendre tout le reste… Et le truc qu’en général, vous savez plus ou moins : les modes de contaminations.
Je vais vous faire la version simple (donc pas scientifique)… qui permet normalement à tout le monde de comprendre… Donc je vous encourage à l’utiliser pour expliquer à vos enfants ou à votre arrière grand-mère (en général, elle n’ose pas demander mais ça l’intéresse vachement et elle n’a rien compris à ce que lui a expliqué Jean-Pierre Pernaud, il y a 15 ans).
Attention parce que je vais devoir utiliser les mots justes, donc parfois crus… Ce billet serait donc qualifié d’«explicit» par un site américain… Mais c’est la clé de toute discussion ou explication sur la sexualité : pas de tabous !
Donc : Pour que le virus du sida se transmette d’un corps à l’autre… Là, normalement, il faut faire les gestes en même temps. C’est vachement important, ça aide à comprendre. Donc là, on fait un grand arc de cercle avec le bras, on mime un pont, un passage d’un point A à un pont B…
Je reprends… Donc pour que le virus se transmette d’un corps à l’autre: il faut qu’il sorte du premier corps et qu’il entre dans le deuxième corps. Il lui faut donc une porte de sortie (on mime la sortie) et une porte d’entrée (on mime l’entrée évidemment).
La porte de sortie : (Bon là, j’arrête le mime… vous trouverez les gestes tout seul.)
Comme porte de sortie, le virus utilise toujours un liquide corporel. Mais PAS n’importe quel liquide corporel.
Qu’est ce qu’un liquide corporel d’abord ?
Et bien ce sont tous les liquides produits par le corps. Par exemple le sang, l’urine, la sueur, les larmes, la salive, le sperme et le liquide séminal (la goutte) chez les hommes et les sécrétions vaginales ou le lait maternel chez les femmes…
Mais le virus n’est présent QUE dans certains liquides corporels : le sang, le sperme, le liquide séminal, les sécrétions vaginales et le lait maternel (pour être exacte, il est contenu dans les autres liquides aussi mais en quantité complètement minuscule donc rendant totalement impossible une contamination… Par exemple, pour être contaminé par de la salive, il faudrait avaler 7 seaux remplis de salive, ce qui n’arrive jamais, vous en conviendrez… Donc pour ne pas embrouiller les esprits, on oublie les autres liquides.).
On peut d’ores et déjà conclure que s’embrasser, se toucher, se pleurer dessus (ou autre), boire dans le même verre, faire la cuisine, s’occuper d’un enfant, aller aux toilettes, etc… ne présentent donc strictement aucun risque… Tous les gestes de la vie quotidienne sont complètement «safe» : vous pouvez donc vivre, travailler, manger… bref, tout faire avec une personne séropo !
La porte d’entrée :
Pour entrer dans un corps, le virus à deux solutions :
- Soit entrer directement dans le sang, mais c’est assez rare. C’est le cas par exemple quand vous faite entrer une seringue souillée de sang contaminé directement dans vos veines. C’est le cas aussi (mais plus en France) quand on vous transfuse du sang contaminé, de la mère à l’enfant par voix intra-utérine ou quand on nourrit un enfant au sein avec du lait contaminé.
- Dans le grande majorité des cas, le virus va utiliser comme porte d’entrée l’une de vos muqueuses.
Mais qu’est ce qu’une muqueuse ?
C’est la paroi qui recouvre l’intérieur de la bouche, l’intérieur de l’anus, l’intérieur du vagin chez la femme et le gland chez l’homme. Vos yeux aussi sont des muqueuses. Or ces parois sont très perméables et surtout elles sont très fragiles. Elles ont souvent des microlésions et la moindre activité un peu «violente» crée d’autres minies coupures (dont on n’a absolument pas conscience), comme par exemple, le fait de se laver les dents pour la bouche ou la moindre pénétration pour les muqueuses des organes sexuelles (y compris évidemment l’action de pénétrer pour les hommes) et encore plus pour celle de l’anus (qui à la base n’est pas prévue pour ça et dont le passage est plus étroit).
On comprend donc désormais aisément que lorsque votre gland, votre vagin, votre anus ou votre bouche, voire vos yeux, sont en contact avec du sperme (ou du liquide séminal) ou des sécrétions vaginales, le risque de contamination est très élevé.
On comprend également que le préservatif doit sont efficacité redoutable au fait qu’il isole ces liquides de vos muqueuses (ou vos muqueuses de ces liquides).
Evidemment, il y a une échelle des risques. Certaines pratiques et notamment les plus invasives pour les muqueuses (comme la sodomie) présentant des risques encore plus élevés que les autres.

En vrac (grand classique et petits détails) :
Peut-on être contaminé par un moustique ?
Non. Absolument pas. Essentiellement parce que le moustique ne vous injecte pas de sang mais vous en prend. Et c’est notamment lié au fonctionnement mécanique du dard de moustique (là je rentre pas dans les détails)… qui rend impossible tout contact avec un autre sang.
Si je rentre dans une douche remplie de sang, puis-je être
contaminé ? (la question un peu con)
Non. La peau est une barrière infranchissable par le VIH.
Et si j’ai une coupure au pied ? (le mec qui insiste)
A voir. Si vous avez une grande plaie béante et que vous patauger dans 20 cm de sang contaminé et frais (le virus du sida survit très peu de temps à l’air libre), et encore… Mais de toute façon, vous rentrez souvent dans une douche remplie de sang, vous ? Il est pourtant vrai qu’il faut éviter les bains de sang quand on a le corps lacéré… Et si vous saviez le nombre de questions ridicules, sur des situations complètement improbables, qu’on m’a posée…
La fellation est-elle risquée ?
Oui. C’est évident. Mais elle est moins risquée que les autres pratiques. L’idéal étant évidemment d’utiliser un préservatif. Mais on sait bien que la fellation sous plastique présente peu d’intérêt. Il y a donc des moyens de réduire les risques si l’on souhaite toutefois la pratiquer « à l’ancienne ». Ce sera l’objet d’un petit billet tout spécialement sur ce sujet…
Lors d’un rapport hétérosexuel, les risques sont-ils les mêmes pour l’homme et pour la femme ?
Non. Malheureusement mesdames, l’inégalité nous frappe encore ! Nous avons plus de risques de contamination que les hommes. Principalement parce que notre vagin est une très grande muqueuse (alors qu’en superficie, la muqueuse du gland est beaucoup plus petite)… Donc une porte d’entrée beaucoup plus grande… Et de manière plus générale, le fait d’étre pénétré présente toujours plus de risques.
Les risques sont-ils plus élevés lors d’un rapport « violent » (entendez brutal) ?
Evidemment. Parce que plus un rapport est violent, plus il créera de lésions dans les muqueuses.
Avoir des relations sexuelles pendant les règles augmente-t-il le risque de contamination ?
Oui, sans préservatif, le gland de l’homme sera directement en contact avec le sang donc les risques sont multipliés…
Bon, j’ai plus trop d’idées de questions… Mais n’hésitez pas, au cas où… et j’accepte même les questions ridicules, sur des situations complètement improbables.
Je conclurais donc en disant que les préservatifs sont les SEULS moyens de se protéger d’une contamination au VIH donc il FAUT les utiliser impérativement (sans parler de toutes les horribles autres IST et des risques de grossesses non désirées).
Savoir pour Agir
Savoir pour agir.
C’est le principe même de la prévention en général et de la réduction des risques en particulier…
Avoir les connaissances suffisantes et nécessaires afin de pouvoir faire des choix éclairés et d’assumer ses responsabilités en toute connaissance de cause.
Je vais vous parler d’un sujet que je connais bien : la réduction des risques sexuels… histoire que mes années d’expérience à AIDES (je m’y suis occupée de la comm. pendant 5 ans) servent à tout le monde !
Quand on parle de réduction des risques sexuels, on parle évidemment d’éviter les contaminations au VIH, mais aussi à toutes les autres Infections Sexuellement Transmissibles (qui font des dégâts souvent redoutables même si elles ne sont pas toujours ou pas directement mortelles).
Ouuuuuuuuuh ! Je vous entends déjà râler !
Mais on sait déjà tout là-dessus !
Faux. Vous croyez bien maîtriser le sujet mais ce n’est pas le cas ! Vos connaissances sont dépassées, approximatives, incomplètes voir carrément fausses.
Mais moi, je m’en fous, je suis en couple !
Et alors… ça vous interdis d’apprendre des trucs ?
Et d’abord, vous ne serez peut-être pas toujours en couple. Ensuite, les «coups de folie» (pour dire ça poétiquement), ça peut arriver à tout le monde. Et enfin vous aurez certainement l’occasion d’avoir à en parler à vos enfants, frères, sœurs ou cousins (l’Education Nationale ayant définitivement lâché l’affaire… Actuellement on peut arriver au bac en n’ayant jamais entendu quoi que ce soit de sensé sur le VIH).
Ouais, ok… Mais on ne fait pas vraiment parti des « populations à risque » !
Pas vrai. Effectivement certaines personnes sont plus susceptibles d’être contaminées que d’autres. Mais le VIH a tendance à se contrefoutre de ce genre de considérations et autres statistiques et frappe sans distinction de sexe, d’âge, de classe sociale, d’identité sexuelles ou de statut matrimonial… J’ai croisé beaucoup de personnes séropositives, de 16 à 70 ans, et nombres d’entre-elles ne faisaient pas parti des « populations à risque »… On leur aurait même donné le bon dieu en confession et… notre corps sans concession…
Ok, ok. Mais c’est un peu chiant comme sujet, limite morbide…
Pas du tout. Vous allez même apprendre des petits trucs marrants et hyper utiles… Si, si je vous jure ! De quoi briller en fin de soirée dès que la conversation vire graveleuse (ce qui est fréquent, n’est ce pas ?) et vous faire passer pour un grand maître es sexualité, bourré d’expérience !
Bon ben alors, vas-y… On commence par quoi ?
Ah ben voilà qui est mieux…
A la demande générale… j’inaugure donc une nouvelle rubrique : « Safer Sex ».