Dec 19
Au bout du monde (Episode 1 : Y aller, c’est dur)
Abandonnons quelques instants l’esprit de Noël !
Parce que c’est bien beau Noël, mais c’est quand le même toujours le sujet d’un certain stress.
La famille sortira-t-elle indemne du traditionnel débat politique du repas de Noël ? Mes cadeaux, dénichés avec un budget relativement ridicule, ont-ils une chance de plaire à leurs destinataires ? Les gens à qui je n’ai pas pu en faire ne s’en offusqueront-ils pas trop ? Ma situation professionnelle désespérée, ma vie sentimentale chaotique ou mon addiction à la nicotine ont-ils une chance de n’être le sujet d’aucune conversation familiale ? Vais-je réussir à limiter ma consommation de produits gras et sucrés afin de garder une ligne acceptable sans me faire traiter d’anorexique ? Ma mère va-t-elle pouvoir garder son calme en voyant ma grand-mère tenter une crème anglaise au micro-onde (elle est perfectionniste ma mère en cuisine…pas ma grand-mère) ? Mon grand-père survivra-t-il à sa tentative annuelle d’assister à la messe de Noël dans une église à -5°C ? Une tempête ne viendra-t-elle pas dévaster la maison le matin de Noël (ah… le 25 décembre 1999, un grand souvenir !) ?
Bref, je pense que chacun d’entre nous a ces petites préoccupations personnelles, plus ou moins angoissantes, à propos de cette grande fête du bonheur…
Changeons-nous donc les idées !
A bas les sapins, les bonhommes de neige et les petits anges !
Evadons-nous quelques instants vers d’autres latitudes !

Je vais donc vous emmener dans un endroit qui m’a laissé une des plus fortes impressions dans ma petite vie de voyageuse : les îles Gili.
Je n’ai jamais ressenti, avec autant de force, ce sentiment d’être perdu sur une île déserte, au milieu de rien… au bout du monde.
Les Gili Islands sont trois petites îles, situées au large de Lombok, dans l’archipel indonésienne.

Comme tous les endroits un peu fous, celui-ci se mérite…
Et pour l’atteindre, il vous en coûtera quelques moments difficiles.
Ça commence par un départ à 7h00 du matin du petit port balinais de Padang Bay.

Et c’est parti pour 5 heures de traversée sur un ferry plus que douteux.
Après une grosse panique intérieure quand vous avez jaugé la carlingue et fait un bref calcul du nombre de canots et bouées de sauvetage par rapport au nombre de passagers agglutinés, vous décidez finalement que peu importe… si vous devez mourir dans un drame maritime, c’est que tel était votre karma et au moins, vous aurez eu le mérite de mourir dans un endroit exotique.

Vous vous installez alors dans les gros sièges verts à l’aspect relativement confortable et décidez, innocemment, de profiter de ces quelques heures pour dormir un peu.

Tout va bien jusqu’à ce que vous soyez réveillé par un chatouillement persistant dans votre cou et dans votre dos… Et c’est là que vous vous rendez compte, avec une certaine horreur (là c’est un euphémisme évidemment, il en faut peu pour que votre cerveau ne vrille totalement et que vous sombriez dans l’hystérie, si ce n’est dans la folie pure), que le bateau et notamment ces jolis sièges verts sont en fait infestés de cafards et de blattes et que c’est eux qui courent sur vous allègrement depuis 1 heure.
A partir de là, le trajet vous semble très très long…
Mais bon, vous finissez par arriver et après une ou deux heures d’attente à l’entrée du port, qui forcément, ne peut accueillir qu’un ferry à la fois, vous débarquez à Lombok.
Là, comme vous avez quand même un peu organisé votre voyage (avec un mec rencontré sur la plage de Padang Bay), vous retrouvez le chauffeur chauffard qui est chargé de vous faire traverser une partie de Lombok et de vous emmener à un autre port (en face des Gili).
L’homme est charmant mais il a décidé que vous étiez en retard pour le prochain bateau.
Commence alors une course contre la montre infernale sur les minuscules routes en lacet de Lombok, en pleine forêt tropicale, à flanc de falaises et de précipices… L’homme a décidé de doubler tout ce qui bouge, utilisant la bonne vieille méthode asiatique du Karma : je double et si je suis toujours vivant à l’arrivée c’est que je ne devais pas mourir aujourd’hui, dans le cas contraire, c’est pas grave, avec un peu de chance, je me réincarnerai en quelque chose de mieux.

Vous arrivez donc en un temps record (2 heures au lieu de 4) à votre prochain port d’embarquement, une plage paumée en fait, et n’avez donc plus qu’à attendre 3 heures que le prochain bateau arrive. Mais bon, c’est joli et les lombociens sont beaucoup plus sympas que ne le disent les balinais. Ils ont passé leur temps à vous faire plein de blagues super drôles et à rire comme des baleines en touchant vos cheveux et en vous appelant « Fried noddle Hair » (ouais, le blond bouclé, ils ont eu du mal à s’en remettre).

Bref, il est donc environ 17h30 quand le bateau arrive.
Votre pote de la plage de Padang Bay vous avait promis un gros bateau pour 20 personnes. Bêtement, vous vous étiez imaginé une sorte de vedette à moteur (vous vous demandez bien ce qui peut vous passer par la tête de temps en temps), c’est donc avec un certain désarroi que vous voyez arriver une espèce de bateau de pécheur rafistolé avec des bouts de ficelle partout et une sorte de mini-moteur antédiluvien.
Mais bon… finalement, ça fait plusieurs années que vous fréquentez l’Indonésie, vous savez qu’ils sont très forts en petites réparations qui font peur mais qui tiennent vachement bien… Et puis, il y a toujours cette fameuse histoire de karma… A priori, vous avez déjà survécu au ferry de l’horreur et au rally de Monte Carlo dans Lombok… pourquoi pas le bateau de pécheurs avec 20 personnes dedans !

Parce que, à ce sujet, votre ami avait raison… Effectivement, ils font monter dans chaque embarcation, à peu près 20 personnes et leurs bagages, ce qui devient problématique quand on s’aperçoit que les autres sont essentiellement des routards avec des sacs contenant toutes leurs affaires pour un an de voyage ou des surfeurs avec deux à trois planches chacun.
Vous voilà donc parti, pour l’étape finale de votre trip pour les îles Gili, coincé entre un massif surfeur australien et une anglaise qui à l’air carrément paniquée par la situation. Tentant de faire bonne figure et de représenter votre pays dignement, vous prenez un air détaché, l’air de la fille qui fait ça chaque été, et vous occultez totalement les bruits inquiétants qui émanent du moteur, et les paquets d’eau qui vous arrivent en pleine face à chaque vague…
Puis les vagues deviennent des creux et vous vous rappelez soudainement que depuis que vous avez failli mourir dans un naufrage à l’age de 17 ans (dans une mémorable traversée de la Manche), vous avez le mal de mer… et que la Nautamine que vous avez pris à 7h00 du mat ne fait certainement plus effet.
Votre estomac commence à présenter les premiers signes du danger de vomissement imminent et l’anglaise à côté de vous pousse des petits gémissements horribles (elle aussi, elle a dû frôler la mort sur la Manche)… même les surfeurs font la gueule…
Et là, le miracle se produit…
Le soleil commence à décliner et en quelques instants, le paysage et les couleurs deviennent tellement magnifiques que vous oubliez tout…
Abasourdi par tant de beauté, vous vous consacrez entièrement à essayer de fixer ces images, à jamais, dans vos souvenirs…

Au loin, vous voyez ce profiler cette petite île perdue…
Voilà, vous y êtes…au bout du monde.
2 Comments so far
comme l’été semble loin par ce froid et cette grisaille !!
Mais ça réchauffe et on s’y voit presque !!
hello à toi miss !
alors comment va ? tout se passe comme tu veux ?
je te souhaite une bonne année avec pleins de bonnes choses !
j’espère à bientot ! tiens moi au courant.
bisous
Nabila