La fin d’une époque
MAJ (1er fev 2007) : Aaaahhhh j’apprend avec soulagement que les bars et les restaurants ont un sursis jusqu’au 1er janvier 2008 !
Ouf ! Je me suis inquiétée pour rien (oui, il faut que j’arrête de “survoler” les titres…), ça nous laisse donc encore largement le temps d’en profiter (mais il FAUT en profiter parce que ça va faire mal)…
Et c’est cool parce que je rentre bientôt passer quelques jours en France !
En survolant les titres de la presse française ce matin, il m’a semblé comprendre qu’aujourd’hui, c’était le dernier jour.
Le dernier jour où l’on a le droit de fumer une cigarette dans un bar ou un restaurant en France.
Chaque non fumeur vit donc cette journée comme la fin, tant attendue, d’un long calvaire.
Et chaque fumeur ne peut s’empêcher de ressentir une sourde tristesse, voire les prémisses de cette mélancolie profonde qui nous envahira à chaque fois qu’on repensera à cette époque bénie, cette époque merveilleuse où l’on pouvait fumer en buvant son petit café noir, en finissant son verre de vin ou en dégustant son mojito.
Et oui, que de souvenirs, que de moments passés à refaire le monde une clope à la mains dans l’ambiance chaude et conviviale du bar du coin.
Mais voilà, c’est fini.
Cette époque est désormais révolue.
Dans 30 ans (si notre cancer du poumon ne nous a pas tué avant évidemment, ce qui n’est pas gagné), on pourra dire à nos petits enfants : « Et oui, moi j’ai connu l’époque où on pouvait fumer des cigarettes presque partout ! ». S’ils savent encore ce que c’est, ils hallucineront complètement, comme le jour où mon arrière-grand-mère m’a dit qu’elle avait connu l’époque où le téléphone n’existait pas. J’ai eu un choc, j’ai cru qu’elle mentait et qu’elle me faisait une blague (Mais oui, c’est ça ! Et les voitures, ça n’existait pas non plus, peut-être, hein ? Prends moi pour une con-con, va, je te dirais rien !).
Et oui, c’était une époque de dingue le 20ème siècle et le début des années 2000 ! Complètement fou ! On avait des libertés carrément inimaginables ! On pouvait même boire de l’alcool comme on voulait et manger des trucs dégoulinants de graisse et remplis de sucre en public… Carrément freestyle !
Moi, j’ai même poussé le masochisme jusqu’à venir m’installer dans l’un des rares pays d’Europe a avoir déjà une réglementation aussi stricte, me privant ainsi des derniers mois de bonheur du fumeur français.
Et effectivement, le premier soir, j’ai fait une fixation… Le pub non fumeur, j’ai trouvé ça carrément nul, horrible, pourri… Je pense que j’ai saoulé tout le monde avec mes discours de fumeuse complètement égoïste… Et je n’ai pensé qu’à ça toute la soirée… Pathétique.
Mais en fait, je me suis habituée très vite, beaucoup plus vite que je ne l’aurai imaginé.
Tu renonces.
Ton cerveau renonces, peut être parce qu’au fond de toi tu savais depuis longtemps que c’était inévitable car normal.
Parce qu’il faut bien être honnête (et c’est dur… La mauvaise fois du fumeur étant proportionnelle à son niveau d’addiction, elle peut atteindre des niveaux étonnants) : fumer, ce n’est pas comme boire, ce n’est pas vraiment personnel. En fait, tu en fais profiter toutes les personnes qui sont autour de toi, qu’elles le veuillent ou non.
Il fallait bien qu’un jour quelqu’un s’en plaigne…
Donc voilà, tu t’habitues à ne plus fumer dans les bars… Et tu changes tes habitudes : maintenant tu fumes dans la rue, en marchant (chose que tu évitais de faire jusque là parce que on t’a toujours dit que c’était vulgaire), tu sors fumer une clope devant la porte, etc.
Bref, tu t’organises.
Au bout de 2 mois à ce régime, j’arrive même à trouver des aspects positifs :
- Tu fumes moins. C’est incontestable.
Fini les soirées où tu vidais un paquet de clopes sans t’en rendre compte ! Les chiffres deviennent beaucoup plus raisonnables (t’arrives même à compter en fait, c’est ça qui est fort). Donc, tu économises quelques piécettes que tu peux donc allègrement claquer en une 3°, une 4° puis une 5° tournée (oui t’as tendance à boire plus pour compenser le manque de nicotine). Tu réinvestis également cet argent dans les barres chocolatés, bonbons, gâteaux et mini-paquets de chips… Bref tu deviens un alcoolique obèse mais tu fumes vachement moins (ouais, j’exagère… tu vois la mauvaise fois…).
- Tu ne culpabilises plus.
Fini cet horrible sentiment d’être un meurtrier en puissance, en plein génocide, à chaque fois que t’allumes une clope. Non, maintenant tu n’assassines que toi-même et comme tu t’en fous, tout va bien !
- Tu fais parti d’une tribu.
Un lien puissant se crée désormais avec les autres fumeurs. Quand tu te croisent dans la rue (oui parce que maintenant, la rue est devenue un de tes rares espaces de liberté) ou que tu te retrouves devant le pub ou le resto, la complicité est très forte, immédiate. En un seul regard, tu te dis plein de choses : tu fais partie de la même famille, tu vis les mêmes trucs, tu connais les même frustrations, les mêmes bonheurs furtifs, les mêmes galères, tu te comprends quoi…
- Tu prends ton pied.
Fini la cigarette mécanique que t’allumes sans t’en rendre compte et que tu fumes sans t’en apercevoir. Maintenant, tu apprécies vachement chaque cigarette. Tu kiffes, t’es heureux, c’est bon… Tu retrouves même parfois tes sensations du début, quand la nicotine te fait un peu tourner la tête… ça c’est cool ! Et alors tu frises littéralement l’orgasme quand tu vas chez un fumeur et que tu peux carrément fumer à l’intérieur !!! Ça c’est le pied total, le truc mortel, le paradis…
Voilà… c’est pas mal tout ça…
Faut pas trop réfléchir en fait.
Et dans les moments difficiles où tu donnerais ton bras gauche pour pouvoir fumer une clope en sirotant cette petite bière au coin de ce joli feu dans ce merveilleux pub, et bien il faut essayer de penser aux non fumeurs.
Maintenant, ils sont heureux. C’est à leur tour d’apprécier au maximum leurs moments dans les bars et les restos.
Oui, c’est la fin d’une époque…