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Bloody Sunday

February 08th, 2007 | Category: Irish Stew





Comment vivre en Irlande sans se laisser rattraper par l’histoire ?

L’histoire tellement douloureuse de ce pays coupé en deux.



Il y a quelques jours, on commémorait ici le dimanche 30 janvier 1972 :

le Bloody Sunday.

Le fameux Sunday Bloody Sunday.

Oui, nous on connaît surtout la chanson de U2, on sait vaguement qu’elle fait référence à un massacre mais pas grand-chose de plus…



Pourtant ce “dimanche sanglant” est l’un des moments les plus tragiques du conflit nord irlandais

Le drame qui a cristallisé toutes les haines.

Le drame qui fait, qu’obligatoirement, votre cœur de défenseur des opprimés a tendance à vous faire prendre le parti des Irlandais catholiques contre les Unionistes protestants et les anglais (attention, ce conflit n’est pas une guerre de religion, mais c’est plus simple de nommer comme ça les deux parties).



Mais, s’il est bien une chose infiniment compliquée et difficilement compréhensible lorsque vous n’êtes pas né irlandais, c’est l’histoire du conflit en Irlande du Nord. Il faudrait remonter des siècles en arrière pour espérer pouvoir éventuellement comprendre les choses de manière objective…



Donc excusez-moi si j’ai tendance à être un peu subjective, je fais du mieux que je peux, mais j’ai du mal avec les envahisseurs, les occupeurs et les ségrégateurs (Et oui, ça commence mal avec l’objectivité…).











Plaie d’Irlande…



L’histoire se passe donc dans la ville de Derry, ville majoritairement catholique d’Irlande du Nord mais dirigée par les protestants (au conseil municipal), au début des années 70.

Les catholiques vivent dans des conditions difficiles, subissant de graves inégalités : logements misérables dans quartiers pourris, chômage ou emplois sous payé, droit de vote conditionné au fait d’être propriétaire de son logement (ce qui n’est pas simple, vous l’aurez compris, quand vous êtes un peu pauvresse), harcèlement policier, justice injuste (par la bien nommée Royal Ulster Constabulary) et politique de l’internement (alors ça c’est fort, le summum, ça veut dire : emprisonnement sans procès).

Pour tenter de mettre fin à cette situation, une manifestation pacifique est organisée par les défenseurs des droits civiques le 30 janvier 1972.



Et c’est là que l’histoire bascule.

La situation dégénère et l’armée britannique tire dans la foule, tuant sur le coup 13 personnes (moyenne d’âge : 17 ans), en blessant 14 autres dont une qui succombera à ses blessures peu après.

Les raisons du déclenchement de cette violence font toujours débat, l’armée britannique affirmant avoir riposté à des tirs de « terroristes », les irlandais affirmant être désarmés et avoir été délibérément massacrés.

A l’époque, l’enquête innocente évidemment l’armée anglaise.



Cet événement devient pour les catholiques le symbole éclatant de l’injustice qu’ils subissent.

Le 21 juillet 1972, l’IRA réplique par un Bloody Friday : 22 bombes explosent à Belfast faisant 16 morts.

C’est le début d’une guerre qui durera 25 ans.

Les affrontements s’achèvent officiellement en 1998, par l’ouverture d’un processus de paix, les Accords du Vendredi Saint, entre les principaux partis politiques nord irlandais (et notamment les plus extrémistes) : le DUP, parti extrémiste unioniste côté protestant et le Sinn Fein, branche politique de l’IRA, côté catholique.





… doit se refermer.



En 1998, suite à la diffusion d’un documentaire sur le Bloody Sunday contredisant la version officielle, et l’émoi qui s’en suit, Tony Blair autorise la réouverture de l’enquête (un fait tout à fait exceptionnel dans l’histoire des tribunaux anglais).

Un procès sans précèdent s’ouvre alors : 435 jours d’audience, 922 témoins convoqués, 1 563 dépositions de témoins n’ayant pas comparu, 160 bandes magnétiques, 110 enregistrements vidéo, 14 000 pages d’argumentaires…

Les conclusions sont attendues pour 2008.




Mais malgré l’impression qu’on en a de loin, la situation nord irlandaise est loin d’être réglée.

Le processus de paix s’enlise.

L’Irlande du Nord n’est pas à l’abri d’une nouvelle flambée de violence (la situation réelle n’est apparemment pas si idyllique que ça, d’ailleurs), même si les dernières décisions du Sinn Fein semblent permettrent un certain espoir (un petit résumé très bientôt).



Il reste donc a espérer que les conclusions de cette enquête puissent apporter des réponses, rétablir la justice et former la base nécessaire à la construction d’une paix réelle et durable.


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