Sentiments d’expatriée
Après des mois en suspend, ma vie s’est emballée ces trois dernières semaines. Et tout à coup, mon expatriation a pris une réalité toute différente. Ce qui n’était, il y encore quelques temps, qu’un truc relativement abstrait, un espèce de trip plutôt incertain, a désormais pris corps.
Etant maintenant intégrée professionnellement à la société irlandaise, je suis une vraie expatriée. Enfin presque, parce que, qui dit expatriation, dit quand même un certain nombre de démarches administratives que j’ai à peine entamée. Et c’est notamment là que la réalité devient un peu moins romanesque. Parce que s’il y a bien une chose que j’ai toujours détesté, c’est les trucs administratifs et je suis la championne de la remise au lendemain de ce genre de tâches. Pourtant il faut que je m’y mette d’urgence… mais la liste des choses à faire me fait carrément horreur : compte en banque (oui, c’est toujours pas fait pour cause d’impossibilité à justifier un domicile), inscription aux impôts, couverture maladie et voire même retraite (mais là je ne sais pas du tout ce que je vais faire, c’est le plus chiant). Je pourrais aussi me déclarer à l’Ambassade de France mais ça c’est moins important (vu que c’est trop tard pour les listes électorale), et apparemment presque un tiers des Français expatriés ne le seraient pas… Sans compter qu’il faudrait aussi que je règle un tas de trucs en France, et là ça devient carrément gore. Rien qu’à y penser, ça me donne envie de vomir mon scone.
Mais malgré ces petits détails purement techniques, je suis quand même une expatriée. Et, même si c’est relativement commun, cette idée a malgré tout quelque chose d’assez grisant, voire de perturbant même en fait. Oui perturbant est peut être un meilleur mot pour définir ce que je ressens parfois face à cette nouvelle situation.
Une chose est sûre, je pense que je ne considèrerais plus jamais de la même manière les gens qui ont quitté leur pays pour aller s’installer ailleurs. Tant qu’on ne l’a pas vécu, je pense qu’on ne se rend pas bien compte de ce que cela implique, dans la tête et dans le cœur, même si c’est quelque chose que l’on a désiré.
C’est plein de sentiments, parfois contradictoires, qui se heurtent en toi. C’est plein de choses à comprendre, à réaliser, à intégrer. C’est plein de trucs que tu gagnes et plein d’autres que tu perds. C’est fait d’acceptations et de renoncements, de grands bonheurs et de petites tristesses, de joie et d’excitation saupoudrées d’une certaine mélancolie. C’est un fort désir d’intégration mêlé à la nécessité de conserver son identité, une aspiration à trouver sa place face à des besoins communautaires, un sentiment d’appartenance naissant mâtiné d’une certaine solitude, une profonde reconnaissance pimentée d’un brin de culpabilité.
Oui, c’est compliqué, sûrement parce que ce n’est que le début pour moi et parce que j’ai encore beaucoup de choses à accomplir pour construire ma vie ici.
J’avais l’impression d’avoir fait beaucoup mais en fait, je n’en suis qu’au commencement, tout reste à créer. En fait, s’expatrier, ce n’est pas seulement vivre dans un nouveau pays, c’est surtout y fonder quelque chose, s’y réaliser, trouver sa place et son bonheur…
J’ai donc encore un long chemin devant moi et j’avoue que, parfois, ça me fait un peu peur. Mais bon, comme d’hab’ quoi…
Oui, cette idée a bien quelque chose d’assez perturbant, voire de grisant même en fait. Oui grisant est peut être un meilleur mot pour définir ce que je ressens parfois face à cette nouvelle situation.