Lost in translation
Je galère encore avec mon anglais, et ce n’est pas peu dire.
Certes, ça s’améliore mais de temps en temps, c’est pas beau à voir.
Parfois, je comprends mal, voire très mal ce qu’on me dit… et ça mène à des quiproquos assez comiques…
Comme le jour, par exemple, où un mec m’appelle au boulot et commence à me parler d’une histoire d’alarme avec un horrible accent… J’en déduis que c’est un commercial qui m’appelle pour me proposer d’améliorer la sécurité de notre petite entreprise. Très consciencieuse, je lui demande donc de patienter le temps de me renseigner sur nos besoins réels en ce domaine… au cas où. Evidemment, tout va bien pour nous à ce niveau donc je le reprends pour lui annoncer que non, nous ne sommes pas intéressés, nous avons déjà une alarme. Mais l’homme insiste !!! Et le voilà parti dans un grand discours, il me pose 15 fois la même question que je ne comprends pas malgré un intense effort de concentration et donc, je lui répète 15 fois que NON, je ne veux pas de son alarme. Je commence même à m’énerver légèrement et à envisager de lui raccrocher au nez quand le doute s’insinue finalement dans mon esprit… S’il insiste autant, c’est qu’il y a peut être une vraie raison. Je décide donc de le passer à mon chef… par prudence. Et heureusement !
C’était la société de télé-alarme de ma patronne qui appelait pour dire que son alarme s’était déclenchée et qu’il fallait que quelqu’un aille voir ! La honte totale !
C’est aussi comme le jour où, toujours au boulot, un mec appelle et me dit d’une voix très enjouée « Hello Honey ! How are you ? ». Je me suis dis « Ou la la ! Mais quelle familiarité ! On n’a pas élevé les cochons ensemble ! Il se croit où, ce mec ? ». Et donc, je lui ai répondu très froidement et très sèchement qu’il fait une erreur de numéro. C’est juste quand il m’a demandé Albert (mon chef, en l’occurence) que j’ai compris que c’était moi qui faisait une erreur…
En fait c’était un de nos gros clients, les Irlandais t’appellent souvent honey (c’est pas réservé à leur femme) et ils te demandent systématiquement si tu vas bien (comme en français en fait). Méga honte !
Il y a aussi mon accent !
Très pourris pour l’instant… Parce que j’en suis encore à la phase où je dois réfléchir pour dire ce que je veux et pas vraiment à celle où tu n’as plus qu’à te consacrer à ta manière de parler… Donc autant dire que strictement tout le monde sait que je suis française au premier centième de seconde où j’ouvre la bouche.
En général, le résultat est assez systématique : ton interlocuteur décide donc de se mettre à parler en français (enfin, quelques mots), parce que, mine de rien, ils sont assez nombreux à avoir étudié le français à l’école… Mais le problème, c’est qu’ils sont plutôt mauvais (ici aussi le système d’apprentissage des langues n’a pas l’air optimal) et ils ont un accent particulier. Résultat, tu ne comprends pas un traître mot de ce qu’ils te baragouinent. Et là, c’est horrible, parce que tu restes les yeux écarquillés, sans réaction, alors qu’eux, tout fiers et tout sourire, ils attendent que tu leur répondes ou que tu disent au moins quelque chose. En plus, t’as pas du tout envie de les vexer, ils ont fait l’effort d’essayer de te parler en français, ils sont tout content d’eux, tu vas pas leur dire « Ben j’ai rien capté mon con, tu parles comme une grosse merde… Faudrait peut-être en avoir conscience ! ». Non. Donc en général, j’utilise la technique de la simulation : je rigole en hochant la tête et je dis « oui, oui !! ».
Il y a aussi les fois où tu frises le fou rire incontrôlable, comme quand le mec du Spar te hurle « Bonjour » au moment où tu t’en vas ou alors Albert (mon chef, donc) qui criait un grand « MOI ! » chaque matin quand il arrivait en croyant me dire « c’est moi ! » lors de ma première semaine.
Et il y a bien sûr tous les gens qui ont déjà mis les pieds en France au moins une fois dans leur vie et qui commencent à te demander si tu connais Galette-en-Guérande, Vodaine-les-oies ou Tartiflette-les-Bains. Evidemment non, et va leur faire comprendre que tu ne connais pas les 15 000 bleds de ton pays natal… Du coup, en général, je prends un air vachement inspiré, je fronce les sourcils, je fais semblant de chercher-chercher et je dis « Ah, ben non, je ne crois pas que je connais, c’est bizarre. », et de temps en temps, je rajoute même « Mais ça me dit quelque chose ! ». Ah, ah ah !
Oui, je rigole pas mal quand même en ce moment, parfois après coup, mais je rigole quand même…