Nov 7
L’écharpe longue en question
Ce soir, un petit « Trucs de Filles », sur un sujet brûlant d’actualité et qui me préoccupe beaucoup ces derniers jours.
Un peu victime de la mode parfois, je n’ai en effet pas résisté cet automne à m’acheter une longue écharpe en laine. Elle mesure environ 3 mètres si on compte les franges. Pour ajouter à la discrétion qui la caractérise de fait, je l’ai choisie d’un flamboyant bleu canard.
J’avoue que j’étais très fière de moi, un peu comme il y a deux ans, quand je me suis achetée des lunettes Mouche.
Mais là, il s’est passé à peine une journée avant que je commence à avoir des doutes quant au bien fondé de cet investissement.
Oui, les lunettes mouche je les ai quand même portées presque 2 mois avant de réaliser que ça ne mettait pas extrêmement bien en valeur la forme de mon visage…
Mais l’écharpe longue, ce n’est pas moche. Ça, non.
Bien entendu, tu ne peux faire qu’un tour autour de ton cou (deux à la rigueur), sinon, étant donné le volume que représente 3m enroulés, on dirait que tu te ballades avec un pneu autour de la tête. Pas franchement sexy.
Mais avec un seul tour, c’est parfait et tu as donc deux grand morceaux de presque 1,50m chacun qui pendent derrière ton dos. Avec une veste cintrée, ça affine la silhouette, c’est assez classe, bref le résultat est plutôt joli.
Mais le problème n’est pas esthétique, il est pratique.
Imagine.
Tu marches dans la rue, essayant comme à ton habitude d’avoir une démarche classe, dynamique et un brin sexy. Epaules en arrière, tête droite, regard loin devant, les pieds suivant une sorte de ligne imaginaire, le bassin ondulant légèrement à la cadence du morceau qui passe dans ton iPod. Bref le résultat n’est pas trop mal. Tu vois le regard des hommes sur toi. Tu te la pètes à mort. Tu es la plus belle, la plus classe, la plus intelligente, la plus fabuleuse de la terre, en plus t’es trop à la mode, c’est quand même génial la vie ! Et tout à coup…
Une forte pression dans ton cou stoppe net ton élan. Sous la force du choc tout ton corps se plie en arrière. Et pour tenter de rétablir l’équilibre une de tes jambes, dans un réflexe désespéré, se lève en l’air. Sans oublier l’ignoble grimace, yeux révulsés, qui défigure soudainement tes traits, quelque chose entre la surprise et l’horreur… Tu te retrouves finalement à tituber en arrière pour retrouver une position verticale et surtout, fait majeur, pour reprendre ta respiration qui a été violemment coupée.
Putain, t’as failli t’étrangler toute seule en pleine rue !
Sans parler de la grande honte que tu viens de te prendre devant la quarantaine de personnes dont un super beau mec, témoins de la scène !
Et tout ça parce que l’un des pans de ton écharpe s’est accroché au guidon d’un vélo garé contre un lampadaire !
Quand la scène se reproduit trois fois dans la même journée, on peut dire que ta vigilance s’accroît significativement. Chaque vélo, crochet, poignée de porte, moindre petit truc qui dépasse devient ton ennemi intime.
Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a en beaucoup dans la rue et les magasins. Beaucoup plus que tu ne l’aurais jamais imaginé.
Sans parler du scénario catastrophe auquel tu ne peux t’empêcher de penser, genre ton écharpe qui s’accroche au rétro d’une voiture en marche ou qui se coince dans les portes du tram quand tu sors… Et tu te vois déjà traînée sur des kilomètres accrochée par le cou, ton corps sanguinolant se déchiquetant peu à peu, devant le regard tétanisé d’horreur des passants impuissants.
Bouhhhh ! Quand l’accessoire de mode se transforme en danger mortel, ça fait peur.
Bref, t’es moins détendue quand tu marches dans la rue.
Adieu la démarche conquérante et le regard plein de confiance !
Tu n’es plus qu’une petite chose craintive et paranoïaque.
Et tu ne peux pas vraiment enlever ton écharpe et la tenir à la main négligemment, histoire de “souffler” quelques instants malgré le froid. Non ! Parce qu’avec ses 3m de long et ses 50cm de large, elle prend de la place ! On dirait que tu te trimballes avec ton oreiller (bleu canard, soit) sous le bras…
Oui, le moindre petit saut au magasin du coin peut vite se transformer en cauchemar.
Je vais donc m’acheter une deuxième écharpe, plus courte, pour les jours ou je veux faire passer la sécurité et le confort psychologique avant le style…
Mais comme ce n’est quand même pas tous les jours, j’ai élaboré une sorte de technique : quand je passe proche d’une quelconque aspérité ou que je traverse une rue (histoire aussi d’éviter qu’une bourrasque de vent ne rabatte l’écharpe sur mon visage, me rendant provisoirement aveugle dans un moment stratégique), je la tiens fermement, un pan dans chaque main, l’air de rien quand même…
Ce n’est pas très pratique certe, mais c’est plus sûr.
Mais il faut tout de même nuancer tout ça.
Oui, l’écharpe longue a un avantage énorme et unique !
Ne soyons pas que négative.
Elle peut, paradoxe fou, te permettre de sauver une vie.
Imagine.
Tu rentres du Pub avec ta meilleure copine un samedi soir à 3h du mat. Un peu fatiguées, un peu imbibées de bière, vous marchez en rigolant bêtement, le regard dans le vague, sans vraiment prêter attention à ce qui vous entoure. Et tout à coup…
Elle chute lourdement dans un trou béant de 3 mètres creusé au milieu du trottoir. Les travaux des canalisations de la ville de Dublin ! Avec l’humidité ambiante, la terre n’est qu’une sorte de boue qui glisse sous ses doigts quand elle essaye de remonter en escaladant. Que faire ? Tu ne connais toujours pas le numéro d’urgence de la Guarda. Ni celui des pompiers. Ni celui de l’ambulance. Vas-tu laisser ta copine croupir dans ce trou, mourant de froid avant que les premiers secours ne s’organisent ?
Jamais !! Dans un éclair de génie, tu penses à ton écharpe ! Elle mesure exactement 3 mètres, tu vas donc pouvoir t’en servir comme d’une corde pour hisser ta copine hors du trou. Ouf ! Sauvée.
Donc voilà, l’achat d’une écharpe longue est quand même à considérer sérieusement. Comme pour tout, il y a du pour et du contre. A voir selon vos priorités.
Bon… si vous craquez, soyez quand même prudentes.
1 Comment so far
Hilarant, mais n’oublie pas la mort tragique en septembre 1927 d’Isadora Duncan, danseuse américaine de grand renom, morte étranglée par sa propre écharpe prise dans une roue de sa voiture.
Encore bravo.