Feb 19
L’Irlandais, les chansons tristes et le sexe
J’ai lu aujourd’hui dans le Guardian (journal anglais), un article intitulé “Is Ireland the World’s friendliest place?” (ici), écrit suite à la publication en octobre dernier de la Blue List du Lonely Planet (le Top Ten des pays les plus friendly du monde).
L’Irlande pointe en effet fièrement première dans ce classement.
Cet article est suivi, dans les commentaires, d’un débat acharné, entre Anglais, Irlandais expatriés, moitié Irlandais, Ecossais (qui sont apparemment hyper sympas aussi, puisque qu’une Private Joke dit ici que les Ecossais sont, en fait, des Irlandais qui ne savaient pas nager), Irlandais du Nord, conjoints d’Irlandais, étrangers ayant vécu en Irlande, etc. Tout ce petit monde s’écharpant gentiment la gueule, tentant de répondre à cette cruciale question et arrivant à peu près à la même conclusion, c’est à dire OUI.
Les Irlandais ont donc la réputation d’être les gens plus sympas du monde, autant que nous, Français, avons celle d’être les moins sympas.
Sur l‘échelle de la sympathitude, nos deux pays tiennent donc les extrêmes (bien qu’un gentil intervenant du débat ait signifié qu’il pensait que les Suisses étaient pire que nous et d’autres que c’était surtout les parisiens qui étaient détestables. Hi, hi, hi).
Mais qu’en est-il vraiment ?
A vivre dans un pays, côtoyant ses habitants, tu apprends qu’autant il est impossible de faire des généralités faciles, autant il est difficile de nier certaines grandes tendances qui se dégagent immanquablement.
Voici donc mon avis très personnel et assez subjectif sur les Irlandais… parce qu’une chose est sûre : ils ne peuvent pas vous laisser indifférents.
- L’Irlandais est gentil, amicale et accueillant. C’est vrai (moins à Dublin apparemment, mais c’est un problème de Capitale, dira-t-on). Toujours près à aider et à rendre service, avec le sourire en général. On est vite séduit par la chaleur du quidam moyen, surtout qu’il est d’abord facile, toujours près à échanger deux mots, sur le temps qu’il fait ou sur les résultats du dernier match de foot. On déchante aussi rapidement quand on découvre son côté faux-cul : il vous a sourit parce qu’il déteste le conflit, il vous a dit oui parce qu’il ne voulait pas vous contrarier, il vous a invité à venir passer le week-end dans sa famille à Galway parce qu’il était bourré. L’Irlandais est un peu le méditerranéen du monde anglo-saxon : il a beaucoup de gueule (et il est bordélique, voir feignasse, voir crado). Il n’en reste pas moins qu’une fois devenus amis, tu peux compter sur lui, il fera tout pour toi.
- L’irlandais est calme et discret. Ce n’est jamais lui que tu entends hurler de rire dans le Tram ou raconter très fort sa vie privée dans son mobile. Certes. Du moins tant qu’il est sobre. A la deuxième pint, il se métamorphose en un gueulard invraisemblable, au point que tu ne t’entends même plus penser à côté. En général, à un moment donné, il se met même à chanter à tue-tête (il adoooore chanter), voir à danser comme un fou, puis s’il finit étalé dans le caniveau, ce sera toujours en hurlant des choses incompréhensibles. L’option “Irlandais qui regarde du sport”, n’est pas mal non plus au niveau sonore… on frôle le seuil de la douleur.
- L’irlandais est drôle. Il a cet espèce d’humour noir cinglant qui te fait rire sinon tu pleures et l’auto-dérision facile et désopilante. Bref, il est plutôt hilarant, sauf quand il est triste. Parce qu’il est un peu instable au niveau de l’humeur, oscillant sans cesse entre moments d’euphorie et moments de désespoir profond… C’est certainement ce qui en fait un grand auteur de chansons dramatiquement tristes, voire suicidaires… Mais c’est parfois lourd à supporter.
- L’Irlandais est fière. C’est un guerrier celte. N’allez jamais le qualifier d’anglo-saxon et le confondre avec un Anglais, ni avec un Gallois, à la rigueur avec un Ecossais, mais lui au moins… il sait nager. Il est fière mais ça dure 5 minutes parce qu’il est avant tout vachement défaitiste, ultra fataliste quand à lui-même et pas du tout sûr de lui. Il part en général perdant et il a tord d’office… ce qui est très pratique dans une discussion quand tu es Français, puisque tu penses exactement l’inverse.
- L’Irlandais est nature. Il ne se soucie pas du Paraître. Pour lui l’essentiel est à l’intérieur (du Pub… ha ha ha). Ce non-jugement quant aux apparences est très agréable à vivre, surtout encore une fois, quand on est habitué aux standards français, où la couleur de tes collants est plus importante que le contenu de ta cervelle. Mais cette nonchalance décomplexée amène vite à la faute de goût. L’Irlandais n’est pas une bête de mode, c’est une certitude. Il cultive un style “non style”, alternant large chemise à carreaux et polo de rugby. Et l’Irlandaise, qui aime à s’habiller pour sortir le soir… tout un poème. On pourrait en écrire des lignes et des lignes. La voir tituber sur ses stilletos de 15cm, son corps laiteux boudiné dans une mini robe choucroute lamée or est un grand spectacle du samedi soir. La classe est rarement au rendez-vous, la vulgarité plus souvent. Mais “whatever”, elle assume fièrement et personne n’est là pour la juger. Et c’est la même que tu croiseras le lendemain en pyjama rose à la supérette…
- L’Irlandais est patient. Il ne s’énerve jamais. Il fait la queue gentiment. Il attend “le bus qui n’arrive jamais” pendant des heures. Il ne se plaint pas. Cette grande qualité se transforme en pire défaut quant il s’agit de militer pour ses droits ou de faire progresser sa condition sociale. Il a attendu 1000 ans avant de se libérer de l’envahisseur anglais, il semble bien près à attendre encore 1000 ans pour avoir des politiciens non-corrompus, un système de santé digne de ce nom, un statut de la femme égalitaire ou des infrastructures correctes (pour ne citer que ça). Son côté “bigot” y est peut-être pour quelque chose, il est sur terre pour souffrir et en ça, il est super fort…
- L’Irlandais est un Gentleman. Il sait se conduire avec les femmes. Il sait faire preuve d’une certaine galanterie et jamais il ne viendra vous importuner… Jamais. Sauf très tard dans la nuit, après beaucoup, beaucoup de verres de whisky. Le problème c’est qu’il en aura bu tellement qu’il sera incapable de faire quoi que ce soit, et spécialement du sexe. On pourrait le qualifier de nouveau-romantique. Ah bein oui, il ne couche pas le premier soir… il ne peut pas. Ni le deuxième d’ailleurs… Si l’on ajoute à ces problèmes mécaniques liés à une consommation excessive d’alcool, la lourdeur d’une éducation catholique particulièrement anti-sexe, le gentleman Irlandais perd nettement de sa superbe quand il approche un lit. Un certain choc des cultures…
Bref, l’Irlandais a beaucoup de bons cotés. Il serait encore mieux s’il entamait une petite révolution sexuelle dans son pays. Ça manque un peu et ça ferait du bien à tout le monde (notamment à moi…).
Allez Frères Irlandais !
Fiers guerriers celtes !
Battez-vous !
Luttez pour l’amour libre et le sexe décomplexé !
Faites l’amour, pas le foot gaélique !
3 Comments so far
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Excellent AL ! J’aurais voulu l’écrire cet article, que je n’aurais pas pu faire mieux ! Tu as tiré un portrait très réaliste de l’”irlandais”. J’adore !
J’avoue que j’aurais pas pu mieux ecrire.. j’adore le couplet sur les rapports irlandais au sexe… N’oublions pas les gens qui baisent sur les capots de voiture tout bourres (The Snapper) ou dans les toilettes (vu dans les chiottes du Whelans 2 ou 3 fois). Combinaison catho + timide + alcoolo + pas classe = grossesses non desirees. mais comme ils disent ici dans leurs slogans “c’est pas la fin du monde”.
Hi, hi, hi! Merci les filles…